Starwars

Le sabre au clair

Starwars ou le sabre dévoyé

Lucas ne se cache pas du modèle que fut pour lui le Château de l’araignée de notre maître Kurosawa. La première trilogie ne laisse de tisser les références aux films de sabre japonais. Si les codes rigoureux du genre sont du reste malmenés, il faudrait porter le masque de Vador pour ne pas voir dans son armure le décalque futuriste de celles d’un samouraï. Mais cette évidence s’accomplit dans les combats de sabre laser. Instrument épique et symbolique (la rétractation est furtive aussi son déploiement, l’arme est là et n’est plus), il est devenu l’emblème même de la saga.

Aussi, le cinéphage attentif aura pu observer le déplacement des codes qui s’est opéré entre les deux trilogies. Premier volet. Le combat est cerné de silence et de noir. Les opposants sont souvent seuls et pénétrés de mystère. L’assaut est sec et prend appui sur l’immobile. Certes les cabrioles et autres saltos abondent mais ce n’est que pour retrouver l’assise initiale. Le plan sublimé est frontal autour du X des deux épées. L’espace éclate en quatre points cardinaux.

Second volet (I, II et III). Rien à voir. L’épée est plus courte et ne se tient plus à deux mains (exit le katana). Les combattants sont démultipliés (clonés plutôt et synthétiquement). L’assaut remplace le duel (scène finale du II). Quant aux duels eux-mêmes, le premier épisode reproduit certes, dans la scène finale, les codes initiaux, mais s’en écarte aussitôt : double épée du Sith ; double assaut des Jedi. La caméra ne fixe plus, elle virevolte. Le geste est moins décisif et plus chanceux. Bref on change de modèle.

Et pour changer de référence, on a juste eu à franchir la mer du Japon. Car nous sommes désormais en Chine, celle du film d’épée chinois et taiwanais : le Wu Xa Pian. Mais c’est bien autre chose.

Les codes de ces films vont comme suit (on observera les correspondances) : épée plus courte à la pointe en amande, longue phase d’apprentissage (contre l’immanence du pouvoir chez le bretteur japonais), déséquilibre perpétuel (adieu l’appui stable, c’est la touche fugitive désormais), angles de caméras impossibles. Le Chambara est enraciné, le combat shaolin est aérien. Pourquoi, car c’est le Kabuki qui dicta le rythme et les poses du premier.

Le premier combat de Yoda est l’illustration parfaite, le second répète le schéma. De ces deux duels, le maître sort frustré. On ne joue pas impunément avec la voie du sabre. Lucas aurait dû le comprendre. La seule issue qu’il propose c’est le corps artificiel de l’amiral robot d’abord, et de Vador ensuite. La lame est plus courte, la chair est plus triste.