Heat

Nuit au bout du tunnel

Love on the fast lane

Ils sont deux de nuit, l’un au volant, l’autre à la place du mort. Ils s’enfuient ensemble suivant une stratégie de repli minutieusement  conçue par un des cerveaux du hold-up. Les poursuites sont officieusement abandonnées. Leur chasseur, a jeté l’éponge.

Lui est prêt à tout donner après avoir presque tout pris. Elle est prête à se donner à lui.  Lui, sait qu’il est tiré d’affaire;  elle est une affaire de femme. Ils sont à l’abri- en sursis- derrière la parenthèse transparente du pare-brise, presque sur la pente ascendante, la piste de décollage, à preuve le clignotement des indicateurs sur le pare-brise qui impriment sur la vitre l’esquisse d’un bonheur en pointillé.

Il ne reste que quelques kilomètres jusqu’à l’aéroport et la fin de la pellicule. Ils entrent dans le dernier tunnel avant la porte de sortie. Soudain, l’espace d’un instant, les amants entrent dans la lumière (à l’inverse du célèbre plan final d’Hitchcock) s’offrent à elle, dans le temps suspendu d’un flash rédempteur. Fiat lux, ils jouissent littéralement (Cf. Le Blanc de Kieslovski) dans l’inondation du blanc  - vérité d’un instant suspendu- ils se fondent au blanc dans le bliss -entre l’extase et la félicité.  C’est une illumination, une révélation douce qui ne dure que le temps de l’instant: celui d’une épiphanie.

Il lui a tout dit, finalement. Elle sait qui il est. Ils sont dans la vérité de l’instant. L’instant des amants ou la vérité dure. Le temps d’un instant, bien sûr… nous sommes au cinéma . La lumière se refroidit, métallique comme la volonté de l’amant , l’obscurité revient et va l’emporter vers son destin d’un coup de volant subit. Que n’a-t-elle réussi à lui faire garder son cap? Car à la fin la trajectoire est tragédie.

Heat n’est pas seulement une histoire virile de gros billets. Heat est aussi une fresque en filigrane sur l’engagement -le prix à payer pour l’amour de l’autre.

Le bon, Pacino le chasseur, est le pire, incapable d’aimer (de se fixer), il cherche les aventures d’un soir dans ceux qu’il poursuit. Et n’existe par là même que par l’ autre. Le lieutenant Vincent Hannah le dit lui même: je suis ceux que je poursuis: All I am is what I’m going after.

Chez les truands, c’est aussi compliqué. L’un (Val Kilmer) veut l’argent pour acheter l’amour (déjà réglé par de Niro) de la femme qui ne l’aime pas. L’autre, perpétuel fugitif (il le dit :”rien que vous ne pourriez quitter en 30 secondes-That’s the discipline“) cherche dans la fuite le temps de pause d’un attachement authentique.

A la fin, c’est aussi la lumière qui le tuera en allongeant au sol sa part d’ombre.