Eminem

Ce que veulent les femmes

Le rappeur Eminem n’a finalement que deux morceaux à son répertoire et il les répète à l’infini. Dans le premier, il invective sa mère, ou sa femme, ce qui revient au même, et dans le second, il chante une berceuse à sa fille.
Il a bien composé quelques titres dans le genre bling bling où il nous parle de belles pépés, de grosses voitures et de guns.
Ce n’est toutefois pas son fond de commerce, il faut le dire.

L’enfant de Détroit ne ressemble à rien, ou plutôt à un sale gosse maigrichon sorti d’un roman de Mark Twain. D’ailleurs, on le nomme Slim*. Provocateur, ouvertement homophobe à ses débuts, misogyne et violent. Mais qu’est-ce qu’elles lui trouvent toutes ?
Ces deux morceaux à son répertoire justement.

Abandonné par son père, victime du Syndrome de Münchausen** dont souffrait sa mère, bébé Marshall a été maltraité par maman junkie pendant des années. Depuis, il couche son flow sur le divan à longueur d’albums. Et les femmes sont émues.  Eminem nous raconte comment sa mère n’a pas été à la hauteur. Il nous parle de Kim, sa traîtresse de femme, en omettant, accessoirement, la question de sa propre fidélité.

Voilà un défi comme on les aime, nous les femmes. « Tu seras une bonne mère et une bonne épouse ma fille », nous a-t-on répété. Alors un homme qui nous challenge sur ce sujet, forcément, ça nous parle. Élevées pour entrer dans ces rôles, rassurées surtout de s’y conformer, nous sommes toujours des fillettes disciplinées. Voilà pourquoi nous jouons le jeu quand le rappeur se joue de notre bonne volonté.

Et pour que l’appât soit infaillible, Marshall se positionne, lui aussi, en papa exemplaire. La fille du chanteur est sa seconde obsession.  Il ne laisse planer aucun doute sur sa capacité à l’élever. Maniant le paradoxe avec dextérité – « Toutes des salopes sauf ma fille » -, l’artiste sait jouer avec les clichés, brouiller les pistes et ressortir triomphant, en bon père modèle de nos enfants imaginaires.

Après, il y a la légende, l’American Dream, la success story du prolo qui a grandi dans un mobile home. Le petit blanc qui a su séduire le grand Dr Dre pour faire son trou dans un monde qui n’était pas le sien. Et le très mauvais 8 Mile, en mythe fondateur. Mais ça, c’est  l’histoire que l’on raconte aux petits garçons. Devenus adultes, ils pourront se conformer, eux aussi, au sacro-saint modèle du mâle blanc, hétéro et performant.

Ainsi, malgré un phrasé surprenant, Slim Shady nous sert un discours fort conventionnel. Le faux marginal voudrait renvoyer les femmes dans leurs foyers et faire travailler leurs maris. Un provocateur mou en somme, un Prince Charmant moyenâgeux, déguisé en Shrek pour mieux nous tromper.
Mais comme l’appel du costume de Princesse demeure le plus fort, je ne peux m’empêcher de l’aimer.

Carine Ouahrirou

* Eminem, de son vrai nom Marshall Mathers, se fait aussi appeler Slim Shady.

** Le Syndrome de Münchhausen par procuration est un trouble sévère de la mère qui inflige des sévices à son bébé, dans le but de le faire hospitaliser. Il est également appelé syndrome de Meadow.